Après le blocage de l’A63 par les agriculteurs au Pays basque : « Une cohésion qui fait chaud au cœur » (2024)

Six jours et cinq nuits qu’ils tenaient la position. «H24» sur le pont autoroutier Hubert-Touya, à Bayonne, les agriculteurs mobilisés ont bloqué la circulation sur l’A63 dans les deux sens. L’ouvrage comme centre névralgique de la protestation agricole ordonnancée au Pays basque par la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles 64 (FDSEA) et les Jeunes agriculteurs (JA). Lundi, vers midi, les paysans mobilisés ont décidé de lever le camp.

«Ce qui s’est passé depuis une semaine c’est le second avertissem*nt. On peut le faire puissance dix.»

Tout début d'après-midi, ce lundi la gendarmerie...

Six jours et cinq nuits qu’ils tenaient la position. «H24» sur le pont autoroutier Hubert-Touya, à Bayonne, les agriculteurs mobilisés ont bloqué la circulation sur l’A63 dans les deux sens. L’ouvrage comme centre névralgique de la protestation agricole ordonnancée au Pays basque par la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles 64 (FDSEA) et les Jeunes agriculteurs (JA). Lundi, vers midi, les paysans mobilisés ont décidé de lever le camp.

«Ce qui s’est passé depuis une semaine c’est le second avertissem*nt. On peut le faire puissance dix.»

Tout début d'après-midi, ce lundi la gendarmerie fait la circulation, les agriculteurs quittent le pont Touya, à Bayonne, où ils bloquaient la circulation sur l'A63 depuis mardi dernier. #AgriculteursEnColere pic.twitter.com/fNy6TzkLoi

— SO_Paysbasque (@SO_Paysbasque) January 29, 2024

Ils se sont réunis en agora informelle, sur l’asphalte désertée par tout autre véhicule que leurs tracteurs. Ils ont débattu. Fallait-il s’arrêter après «tout ça»? Pousser encore un peu? Il faut aussi «faire tourner les exploitations». «Quand vous avez des bêtes, c’est très compliqué», glisse un éleveur. Des voix soulignent une maîtrise du mouvement, localement, qu’il ne faudrait pas perdre. La nuit précédente, des agriculteurs ont répandu du lisier et des déchets devant deux supermarchés Leclerc, à Bayonne et Anglet. Hors de tout mot d’ordre.

Après le blocage de l’A63 par les agriculteurs au Pays basque: «Une cohésion qui fait chaud au cœur» (1)

Les JO s’il le faut

Les violons s’accordent: «On va partir aujourd’hui.» Un repli stratégique, pas une reddition. Le vice-président de la FDSEA 64, Patrick Etchegaray, prévient: «Nous avons donné un premier avertissem*nt quand nous avons retourné les panneaux des communes. Ce qui s’est passé depuis une semaine, c’est le second avertissem*nt. On peut le faire puissance dix.» L’éleveur de Lantabat cible clairement le salon de l’agriculture (du 24février au 3mars). S’il le faut, les Jeux olympiques de Paris (du 26juillet au 11août).

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Les concessions du premier ministre Gabriel Attal, vendredi, n’ont pas calmé la grogne. Abandon de la hausse des taxes sur le gasoil non routier (GNR), promesse de simplifications normatives, d’aides d’urgence pour les éleveurs frappés par la maladie hémorragique épizootique (MHE)… «Des mesurettes», gronde Patrick Etchegaray. «Il n’a pas parlé d’installation de nouveaux agriculteurs, des retraites, des normes sur les produits étrangers d’importation, des taux d’emprunts à la banque…»

«Envie d’être là»

«On se reverra», sait Eric Mazain. «Il y aura d’autres actions, la suite c’est les GMS», prévient le représentant de la FDSEA 64. Comprendre les grandes et moyennes surfaces. L’agriculteur de La Bastide-Clairence n’a pratiquement jamais quitté le pont, depuis mardi dernier. Son regard déborde de fatigue mais il rentre au bercail avec la conviction que «ce qui s’est passé ici, sur l’autoroute, a ressoudé les agriculteurs». «On sentait que les exploitants se retranchaient sur ce qui se passe chez eux, avec de l’inquiétude et un sentiment d’isolement. Là, on a retrouvé l’envie de se battre et de le faire ensemble.»

«On a trouvé une cohésion qui fait chaud au cœur. On a créé un petit groupe avec des gens qu’on ne connaissait pas avant.»

Nicolas Narbey élève des volailles à Sames. Ce jeune agriculteur a lui aussi passé beaucoup de temps sur le blocage. «Je rentrais pour nourrir les animaux mais il me tardait à chaque fois de revenir, on avait envie d’être là.» Energie collective et sentiment diffus de vivre un moment important, de manquer quelque chose de cette histoire dès qu’on s’en éloigne. «C’est comme les Fêtes de Bayonne, on a envie d’y retourner», blague Nicolas Narbey.

Après le blocage de l’A63 par les agriculteurs au Pays basque: «Une cohésion qui fait chaud au cœur» (3)

Dernier tiap

Lui aussi renvoie à l’exercice «assez solitaire» de l’agriculteur sur son exploitation, pris par la tache et le temps qui manque. «C’est quelque chose qui compte, la solidarité qui s’est exprimée depuis une semaine entre nous. On sait qu’on est une profession où le taux de suicide est important. On a trouvé une cohésion qui fait chaud au cœur. On a créé un petit groupe avec des gens qu’on ne connaissait pas avant. On a fini avec des numéros de téléphone dans nos contacts.» Des «anciens» qu’on écoute. Des jeunes qui ont peur de s’installer: «On discute, on essaie de les rassurer.» On parle du quotidien, de ce foutu métier, si beau. «C’était très riche, tout ça.»

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Un peu de jambon de pays, quelques boîtes de pâté, un verre parce qu’ «on va pas se laisser abattre»… Dernier «tiap» au milieu de l’autoroute. Certains confessent «un petit pincement» à l’heure de déblayer. «Ça va faire bizarre demain», souffle un agriculteur. «Cette nuit surtout», volleye son voisin. L’ouvrage comblera vite les vides, on le sait aussi, «on n’aura pas trop le temps de cogiter».

Les représentants du mouvement préviennent les autorités et Vinci autoroutes de leur départ imminent. Avec la même efficacité paysanne que pour planter le barnum militant, celui-ci est remballé. Avant 15 heures, les derniers tracteurs quittent les lieux, encadrés par les gendarmes qui leur ouvrent la route.

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